Pendant ces vacances d’automne, c’était le moment : nous avons fêté les 10 ans de notre fils aîné. Maison pleine, odeur de gâteau, ballons dorés – et, pour couronner le tout, deux petits invités sont arrivés avec leur propre smartphone.
Je n’étais, disons, pas préparée. Donc pas prête non plus à réagir comme il faut.
Interdire les téléphones ?
Et s’ils doivent joindre leurs parents ?
Exposer mon point de vue, arguments à l’appui ?
Pas mon territoire administratif – et franchement inutile sur le coup.
Laisser faire ?
C’est ce que j’ai fait.
Pendant le jeu libre, un petit cercle « réseaux sociaux » s’est formé autour de la « fille au smartphone ». Plus tard, mes enfants m’ont expliqué qu’il était question d’un camarade de classe : quelqu’un avait filmé un garçon – moitié « on se moque », moitié « oui, elle est amoureuse de lui » –, mais le contenu était plutôt peu flatteur. Rien de dramatique, d’accord. Mais quelque chose clochait : un enfant au centre, sans être présent.
Puis mon moment d’animation : le Loup-Garou. Tout le monde partant, bonne ambiance, jusqu’à : « Attends, je dois écrire à mon papa. » Pas d’« excuse », pas de « après la partie ». Visiblement, c’est devenu normal. Et comme taper à dix ans n’est pas encore un sport de haut niveau, ça a duré une éternité. Tout le cercle figé.
Je me suis dit : Allô ?
J’aurais sans doute dû taper du poing sur la table, mais le mot magique « papa » m’a retenue.
Le soir, j’étais frustrée. Ça va se passer comme ça à chaque fois, maintenant ?
On en a parlé en famille. Les enfants ont trouvé ça tout aussi déplacé – ils sont encore assez « conditionnés » pour assumer publiquement de ne pas avoir de smartphone. (Oui, le terme est fort, mais il décrit bien la perception extérieure.)
Notre plan de bataille : une boîte à smartphones à l’entrée – comme ça devrait d’ailleurs être le cas à l’école.
Ce n’est pas de la suspicion générale, juste un cadre. Comme des chaussons – mais pour l’attention.
Mes élèves de Première lèveraient les sourcils :
« Pas de smartphone avant le bac ? Les pauvres, madame… »
Peut-être. Peut-être pas. On verra.
Je ne suis pas contre la technologie ; je n’aime simplement pas quand un appareil prend la mise en scène, fixe les pauses, choisit les sujets, s’approprie la scène.
Soyons honnêtes : nous ne sommes ni des digital natives, ni des ascètes numériques.
Nos enfants ont accès à des jeux vidéo de qualité, dans un créneau clair, au salon. De la culture, pas de la contrebande. On a même essayé Fortnite, jugé trop addictif, puis désinstallé.
Chez nous, la règle est simple :
Le temps de jeu, c’est du temps présent.
Quand on joue ensemble, on est là. Pas d’attente pour l’autocorrecteur, pas de « juste un message… ».
Si vraiment quelqu’un doit écrire à son père : d’accord – dans l’entrée, vite et clairement – puis retour dans le cercle.
On ne fait pas attendre le Loup-Garou.
Ce qui m’a vraiment surprise, ce n’est pas la présence des smartphones, mais mon propre flottement.
J’ai compris qu’il me manquait un rituel. Les anniversaires ont des rituels pour tout : arriver, jeu libre, jeu commun, manger le gâteau dragon, chanter, souffler les bougies, ouvrir les cadeaux, danser.
Pour les smartphones, il me manque encore un petit « voilà comment on fait ici ».
Alors on s’en fabrique un.
La boîte sera désormais posée à l’entrée. À côté, un mot (écrit à la main, un peu de travers, mais amical) :
« Bienvenue ! Ici, on joue. Sonnerie activée : vos parents peuvent appeler. Merci. »
Ce n’est pas une croisade contre le temps. C’est un compliment au moment présent.
Est-ce que ce sera toujours fluide ? Bien sûr que non.
Il y aura des exceptions, des larmes, des « messages très importants » (en apparence) – on voit déjà ça en cours.
Et oui, j’hésiterai encore quand un enfant dira : Je dois écrire à papa.
Mais la direction me plaît. Elle me semble respectueuse – des enfants, du jeu, de l’anniversaire, de nous tous.
À la fin de la soirée, le gâteau était à moitié mangé, le salon ressemblait à un atelier de bricolage après inventaire, et j’avais pris une décision :
Je veux que notre maison reste une scène, pas un fil d’actualité.
Un endroit où l’on vit quelque chose ensemble, au lieu de le rater ensemble.
Le reste peut attendre. Sauf le gâteau. Lui, jamais.
Imparfaite, mais vraie,
Katja



